Aquarelle·Les aurores Floréal·Peinture·Poésie

Rêverie

Rêverie, Aquarelle et technique mixte, cadre noir ou blanc et sous-verre, 21 x 29,7 cm (2026).

Dans mon jardin imaginaire, une odeur de café ; une table en fer forgé ; des chants d’oiseaux et cet air de guitare qui paresse. Les pétales éparpillés en pochades explosent de rire, le soleil danse, étreint les branches, la brise caresse dans un soupir.

Est-ce que je suis en train de lire ?

Il voyage, entre l’âme et le cœur, son tic-tac à rebours éternel et sans âge.
Il voyage, de corps en corps, de fleur en fleur, tantôt fidèle tantôt volage.

Dans mon jardin imaginaire, l’ancrage fredonne, il apprend à voler.
Libéré des naguères, le ciel frissonne, atterrit à nos pieds.  

Serais-je en train d’écrire ou de chanter ?

Écriture·Interlude·Peinture

Interlude II

Interlude II (1 & 2), acrylique sur papier, 21 x 29,7 cm (2026).

« La peinture fait appel aux corps de l’artiste et du spectateur. Cette présence physique relève du charnel et du viscéral. De l’instantané également.

    Le rejet d’une peinture est immédiat ; le coup de foudre rare ; son amour nécessite du temps.

    Mais combien de temps passons-nous, au juste, devant un tableau ?

    Nous passons souvent sans le voir ; nous passons au travers ; nous passons au suivant ! 

    En tant qu’écrivain je donne le la — mon tempo. Mes ruptures, essoufflements et labyrinthes deviennent (un temps) ceux du lecteur. Tant qu’on me lit, on suit le fil que j’ai tendu, le récit que j’ai tissé. Même en se dépêchant, même en rejetant, on apprivoise, on appréhende et quelque part on « s’attarde ».

    En tant qu’écrivain, je n’ai aucune assurance que quelqu’un aime ou comprenne mon travail, mais je peux tenter de poser des balises, de proposer un chemin. En tant que peintre, je n’ai aucune prise sur le voyage dans lequel va s’engager — ou non —
le visiteur. Aucune influence sur la durée d’appropriation de mon travail.

    La toile reste avant tout un grand silence. »

Extrait de ma nouvelle « Dimanche Bleu », sur mes pratiques de l’écriture et de la peinture (2025). La toile associée à ce texte est à retrouver ici.

Interlude I

Aquarelle·Les aurores Floréal·Peinture·Poésie

Le schisme

Le schisme, Aquarelle et technique mixte, cadre noir ou blanc et sous-verre, 21 x 29,7 cm (2026).

Un pied dans l’hier, mes retenues involontaires, un pied en demain, deux mains en prière.

Le déchirement dépassé lasse la coupure, laisse la séparation véritable, le double je perdu du je-veux du pourrais-je.

Mes libertés se déchaînent, mes chaînes se déploient : même rengaine.

Que soufflent le chaud et le froid, mes tristesses ou mes joies : du pareil au même.

Une simple floraison se balance au gré du vent. Une jonquille, chrysalide dans mon désert. De la neige jusqu’au soleil.

Solitude cernée, désœuvrée, apatride. Plonge dans mes horizons versatiles.

Écriture·Interlude·Peinture

Interlude I

Interlude I (1 & 2), acrylique sur papier, 21 x 29,7 cm (2026).

    « Peinture et écriture s’opposent et se complètent dans ma vie. Elles naissent l’une de l’autre et me permettent de chercher — quelquefois même de trouver — un équilibre.

    Je réalise mes toiles aux (plus) beaux jours, ceux de clarté et de chaleur, mais je peux écrire dans la nuit et le gel de l’hiver sans entraves. Peindre dans le froid est une souffrance qui éclot par vagues. Difficile de faire avec ou malgré ses secousses.

    L’éclairage artificiel sonne faux ; il déroute mes ressentis.

    Les formats sèchent mal…

    Si mon écriture peut expérimenter l’inconfort d’une saison, elle reste épargnée de ses douleurs possibles. Elle se passe en outre de matériel ; un coin de table, ou même mes genoux, le soleil qui s’évanouit, me suffisent. Sa pauvreté de moyen est sa richesse, sans doute son plus grand défi, puisque je suis l’unique outil, mon propre matériau.

    Tout à la fois le début et la fin.

    Le début et la fin.

    Beau synonyme de solitude ! »

Extrait de ma nouvelle « Dimanche Bleu », sur mes pratiques de l’écriture et de la peinture (2025). La toile associée à ce texte est à retrouver ici.

Aquarelle·Les aurores Floréal·Peinture·Poésie

Les offrandes

Les offrandes (1 & 2), Aquarelle et technique mixte, cadre noir ou blanc et sous-verre, 21 x 29,7 cm (2026).

    Porté par la douceur et l’eau des ciels, le printemps revient au village. Les oiseaux babillent le mois de mars, les fleurs sauvages renaissent.

     En ces jours de septembre, pourtant, l’automne vient cogner à la porte des beaux jours. Il essaye coûte que coûte — vaille que vaille — de les repousser dans le passé.

    À quelques pas des compagnons rouges et des mauves musquées surgissent les premiers témoins de son arrivée fracassante.

    Fracassante et organisée !

    Je m’émerveille de naviguer entre fleurs, pluies, promesses de châtaignes et soleil. Je m’émerveille, avant de le quitter, des dernières offrandes de l’été.

Aquarelle·Des absences et des présences·Peinture·Poésie

Verts ailleurs

Aquarelle et technique mixte sur papier, cadre sous-verre 21 x 29, 7 cm (2026).

Les silences naviguent sur le rebord du ciel comme sur le bout d’une langue lointaine et étrangère.
Je les regarde s’accrocher, s’échapper dans les nuages, emplir mon horizon d’invisibles rivages.
Pas d’orage dans les bleus ni de pleurs dans les ambres. Verts ailleurs, à saisir, à s’y méprendre.

Aquarelle·Les aurores Floréal·Peinture·Poésie

Un simple instant

Un simple instant (1 & 2), Aquarelle et technique mixte, cadre noir ou blanc et sous-verre, 21 x 29,7 cm (2026).

J’ai pas envie d’écrire, envie de dire,
Envie de rire
J’ai pas envie de « pauser », de reposer,
De mes dires

Comme un écho au vide-vide
Tout me demande de déguerpir

(Partir de soi un simple instant).

Laisser s’enfuir les peurs,
Les pleurs, les souvenirs.
Les délais
— les besoins de raccrochement.

Ressentir mes antipodes :
L’endormissement des sentiments. 

Changer de peau, échanger de corps, changer de mots.

(Devenir)

Fleur ouverte,
caressée par les abeilles,
butinée par le soleil,
éblouie par le temps.

Aquarelle·Les aurores Floréal·Peinture·Poésie

L’entrée du bourg

L’entrée du bourg (1 & 2), Aquarelle et technique mixte, cadre noir ou blanc et sous-verre, 21 x 29,7 cm (2026).

Je contemple les vaches au loin, de l’entrée du bourg. Certains veaux se courent après devant quelques buissons, des chênes, des châtaigniers. Face à moi : l’étang et son défilé des saisons, l’eau qui va déborder avant de geler en hiver ; l’eau qui stagne en été, source d’hirondelles joueuses et de libellules pressées.

    Je savoure ce panorama resserré, suranné. Un tableau d’impressionniste. Je savoure et je me rends compte qu’il y a cinquante ans, cent ans, ou plus, le paysage était (selon toute vraisemblance) identique. D’autres personnes ont regardé ce que j’observe à la virgule près. D’autres personnes, d’autres arbres, d’autres vaches… et toute cette existence forgée sur des décennies qui n’a fait que vivre, vivre, vivre a comme un goût de musée.

    Mes yeux s’abandonnent à une image d’Épinal. 

Écriture

Marie et Fernand

Je ne peux plus dessiner les fleurs, des pensées, les légumes du jardin. Fonds de mémoire sans photo, sans témoin.

Pourquoi ce soir d’hier m’apparaît-il d’hiver alors que je venais les étés ? Pépé sur son fauteuil en bout de table, Mémé sur une chaise en paille de bois foncé, à mes côtés. Dehors, la nuit. Derrière, le poêle à bois. Ici, la toile cirée et droit devant l’unique lumière autre que le néon lasse : la télé, ces films qui m’intriguent. Noir et blanc, vieux acteurs ; entendre, sans toujours comprendre, mes grands-parents rire.

Dehors, l’immensité. Derrière, très loin, chez moi… mes parents. Ici, ce temps interminable et droit devant si souvent, l’ennui impérissable. D’où sort cette feuille, alors que Mémé n’écrit que sur les cartons d’emballage ?  Elle me la tend. Je m’applique, et ça n’est pas si facile, les tulipes, avec cette palette et ce pinceau rachitique.

Au matin, Pépé scotche mon œuvre sur le vaisselier en formica. Quelle fierté ! Tant d’années à contempler, sans plus le voir, droit devant, ce seul bagage décoloré, emporté dans leur dernière dernière maison.