Écriture

Marie et Fernand

Je ne peux plus dessiner les fleurs, des pensées, les légumes du jardin. Fonds de mémoire sans photo, sans témoin.

Pourquoi ce soir d’hier m’apparaît-il d’hiver alors que je venais les étés ? Pépé sur son fauteuil en bout de table, Mémé sur une chaise en paille de bois foncé, à mes côtés. Dehors, la nuit. Derrière, le poêle à bois. Ici, la toile cirée et droit devant l’unique lumière autre que le néon lasse : la télé, ces films qui m’intriguent. Noir et blanc, vieux acteurs ; entendre, sans toujours comprendre, mes grands-parents rire.

Dehors, l’immensité. Derrière, très loin, chez moi… mes parents. Ici, ce temps interminable et droit devant si souvent, l’ennui impérissable. D’où sort cette feuille, alors que Mémé n’écrit que sur les cartons d’emballage ?  Elle me la tend. Je m’applique, et ça n’est pas si facile, les tulipes, avec cette palette et ce pinceau rachitique.

Au matin, Pépé scotche mon œuvre sur le vaisselier en formica. Quelle fierté ! Tant d’années à contempler, sans plus le voir, droit devant, ce seul bagage décoloré, emporté dans leur dernière dernière maison.

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