Aurores·Écriture·Peinture·Poésie

Dimanche bleu

Dimanche bleu, technique mixte, 60 x 60 cm (2025).

    Je rêve du tableau qui révélerait le voyage éclairant les vérités intérieures. Une tendre vague qui rayonne, enveloppe et disperse. Balaye et embrase ses incertitudes au vent.

    Un miroir qui transforme.

    Je rêve de ce roman qui redouble l’existence, papillote jusqu’à la nudité des émotions, jusqu’à cette limite suspendue à un fil du souffle et de l’Esprit.

    Un écho aux battements de l’Univers.

    Je rêve d’un dimanche bleu.

    Une plongée dans le noir. Un envol.
    Cet inconnu.

    Je suis en chemin, il me reste à éclore.

    Je raconterai alors l’histoire d’un ciel après le déluge, l’histoire d’un autre continent. Les aurores enlacées m’auraient quittée depuis longtemps déjà.

    Je raconterai l’histoire d’une lueur tendre, d’une certaine idée de l’éclat. La formation d’un atoll et de son lagon après une éruption volcanique. L’enfantement de toutes mes montagnes à gravir.

    Je suis en chemin. Entre ciel et mer, sur un radeau au bord de mélancolies et d’inattendus. Au beau milieu de la nébuleuse d’Orion et du Diamant-Terre.

    À quelques pas fragiles et légers de l’extase.

    Les reflets de l’absence m’aveuglent quelquefois. J’en ai des larmes au bleu, ce bleu pourpre et insolent.

    Pendant ce temps, le crépuscule boréal m’appelle et m’attend.

    Cet inconnu ?

    Les nuances inédites des féminins me frôlent, s’agitent et s’imposent. J’ignore ce qui au juste frémit en moi. Peut-être la cartographie d’un nouvel amour, ou peut-être un autre jardin. La création n’est jamais aussi vraie et accessible que lorsqu’elle couve. Une graine en train de germer, cachée dans le noir. Elle cherche son soleil, une respiration, sans interférence, souterraine.

Elle pousse dans sa solitude et grandit dans la mienne.

    Est-elle joyeuse ou triste ?

    Je n’ose qu’entrouvrir le bel écrin des distances. Ce qui apparaît me fixe. Une certaine idée de l’éclatement, des polarités, des rages et des tempêtes. Ce qui demeure ne regarde que moi. Et pourtant !

    Et je ne saurais dire… 
    Un sourire dans l’éther ; une pureté.
    Un air d’été et de fugues ; une échappée.
    De si lentes métamorphoses.

    Se réunir ; ressusciter chaque beau matin en cessant de séparer l’Art, le corps, l’existence.
    La sensibilité embrasse tous les territoires, apprivoise mes paysages à venir, à conquérir.

    L’imagination précède et compose mes évolutions.

    Je rêve de couleurs et de mots qui s’épousent, s’épuisent et s’époumonent. Je rêve d’un dimanche bleu et de sa musique qui n’existe pas encore, d’une œuvre qui dépose ses cryptes et ses sommets loin de moi.

    La vie que j’imite, sublime, exaspère, espère verser ses larmes et ses allégresses auprès d’un Autre. Elle espère une rencontre, des retrouvailles.

    Un rendez-vous anonyme ; une osmose fugitive où les mots se taisent et où les couleurs s’effacent.

    Une ouverture.

    Toutes les pensées disparaissent — ne surtout pas leur courir après.

    Je vagabonde, mais je m’accroche, en peinture comme en écriture, entre convictions et incertitudes. Je poursuis les moments de grâce, sans savoir qui ils sont et à quoi ils me feront, de temps en temps, l’honneur de ressembler.

    Créer, c’est un peu retrouver mes mondes d’hier et de demain qui chahutent avant de fusionner.

    Les retenir, les contempler, avant qu’ils ne s’évaporent.

    Les retenir — les contempler — les suggérer — les offrir, en bouteilles à la mer, en ballons dans les airs.

    Une certaine idée de l’amour, une certaine idée de la beauté.

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Cette composition clôt « Dimanche bleu », texte où j’interroge, pose et repose mes pratiques de la peinture et de l’écriture. Des extraits accompagnent la série Interlude :

Interlude I
Interlude II
Interlude III
Interlude IV
Interlude V
Interlude VI

Tous mes REMERCIEMENTS à : Bernard ; Bruno ; Thierry ; Philippe ; Alain ; Michel ; Floriana ; Anne ; Daniel ; Catarina ; Lionel ; Fanny ; Antar ; Ange-François ; Antoine ; D-G-M R. ; émotions – poésie… pour leurs idées de titres, faisant suite à mon appel de novembre 2025.
Leurs inspirations apparaissent ici en bleu.

Écriture·Interlude·Peinture

Interlude VI

Interlude VI (1 & 2), acrylique sur papier, 29,7 x 21 cm (2026).

    « J’ai compris assez récemment que peindre, même quand c’est inconfortable ou terrible, me relie à une sorte d’enfance  » idéale « , que je n’ai pas connue, sans doute, mais que je recrée malgré moi au quotidien, au geste, à la joie.

    Écrire m’enracine plutôt dans l’âge (béni) de l’adolescence, affleure puis caresse l’origine d’une sagesse qui s’interroge.

    Si le corps explore les mots — par ressentis — et si l’intelligence se diffuse dans la toile, la chair de mes textes et l’analyse de mes peintures surgissent uniquement dans un second temps.

    J’ai besoin des deux : peindre et écrire, pour FAIRE et ÊTRE corps, âme, esprit. Rejoindre la terre et puis le ciel. Exister et me sentir à ma place. Une évidence, donner et trouver du sens où il n’en existe pas.

    J’ai besoin des deux et j’ai besoin de temps. Le temps de contempler, le temps d’être libre et le temps de féconder me paraissent aussi importants (peut-être plus) que les temps d’écrire ou de peindre, que les temps physiques de créer.

    Une vie parallèle enfouie travaille sans cesse.

    Je (ne) suis (qu’) en chemin. »

Extrait de ma nouvelle « Dimanche Bleu », sur mes pratiques de l’écriture et de la peinture (2025).
La toile associée à ce texte est à retrouver ici.

Interlude I
Interlude II
Interlude III
Interlude IV
Interlude V

Écriture·Interlude·Peinture

Interlude V

Interlude III (1 & 2), acrylique sur papier, 29,7 x 21 cm (2026).

« L’âge adulte de la peinture ne (me) prévient pas. Il peut jaillir au tournant d’une désespérance.
Sa maturité hérite souvent d’un défaut ; pierre angulaire sur laquelle le tableau s’abandonne entier, se livre, nous parle. Ce que je considère comme un manquement ou un raté demeure fondamental, essayer de le retirer ou de l’améliorer profanerait l’ensemble.

    Chacun de mes choix de peintre comporte le risque de tout gâcher ou de tout perdre. Je me retrouve parfois obligée d’arracher au tableau sa partie la plus belle sans pouvoir racheter mes sacrifices ou rattraper mes regrets.

    Mes déchirements d’écrivaine sont moins douloureux. Je garde des brouillons, les premières versions… Je triche : tout ce à quoi je renonce, de manière « officielle », existe encore quelque part.

    Si je cède à la tentation des modifications pour l’écrit, les toiles — dont l’élan se construit au présent — portent par contre leur The End définitif. Superpositions de couleurs et de matières, doutes et culots demeurent uniques. Leur passé ancré et refoulé, concret et imaginé, empêche d’en reconstituer un sosie parfait.

    Mes tableaux rayonnent d’une singularité au sein d’une essence commune — mes mouvements, mes aspirations, mes instincts.

    (Mes paysages qui remontent en surface). »

Extrait de ma nouvelle « Dimanche Bleu », sur mes pratiques de l’écriture et de la peinture (2025).
La toile associée à ce texte est à retrouver ici.

Interlude I
Interlude II
Interlude III
Interlude IV

Écriture·Interlude·Peinture

Interlude IV

Interlude III (1 & 2), acrylique sur papier, 21 x 29,7 cm (2026).

    « Je conserve quelques fondations, timides, en écrivant. Une confiance évanescente — à tâtons. Quand je peins, en revanche, c’est comme si je n’avais jamais rien peint de ma vie. Vocabulaire et sens de l’orientation se font la malle. Tout acquis et tout souvenir m’échappent.

     Consciente des causes, je m’interroge sur la part « volontaire » de cette entrave. Égarer ses connaissances, même « pour de faux », offre des avantages.

    Je travaille la peinture à l’intuition (le cœur), à l’instinct (le corps) et à l’accident (l’extérieur). Ciel et Terre pareillement vitaux. Quelquefois, je me demande qui peint.

    J’apprivoise des pressentiments et des successions de hasards plus ou moins heureux. Je ne fais pas d’esquisses parce qu’elles rigidifiaient mes créations ; parce qu’elles accentuaient les réflexes, les conditionnements ; parce qu’elles ajoutaient leur caractère d’inatteignable — une pression.

    Chaque toile se révèle donc une bataille autant qu’une surprise.

    Le regard est versatile, misanthrope ou généreux. Qu’on dévisage un tableau ou son image devant le miroir, les impressions, les jugements sur l’instant, sont rarement fiables. »

Extrait de ma nouvelle « Dimanche Bleu », sur mes pratiques de l’écriture et de la peinture (2025). La toile associée à ce texte est à retrouver ici.

Interlude I
Interlude II
Interlude III

Écriture·Interlude·Peinture

Interlude III

Interlude III (1 & 2), acrylique sur papier, 21 x 29,7 cm (2026).

    « La toile reste avant tout un grand silence.

    Lorsqu’elle nous saisit, dépouillée et dénuée de directives, nous étreignons en réalité nos propres amours, manques, absences et désirs. Elle effleure puis bouleverse nos fragments les plus intimes, les plus indicibles, ceux que personne n’atteint jamais ni ne connaît — parfois pas même soi.

    Mes tableaux se construisent par ajouts progressifs, des vibrations qui comptent triple. Ces frémissements, indécelables, existent aussi dans mes écrits, au cœur des retraits successifs. Ce qui infuse dans mes peintures musarde sur la toile et la colonise, camouflé ; ce qui a infusé en écriture subsiste en moi, dissimulé au cœur du texte.

    Les strates de pigments se superposent, les couches de phrases se retirent. »

Extrait de ma nouvelle « Dimanche Bleu », sur mes pratiques de l’écriture et de la peinture (2025). La toile associée à ce texte est à retrouver ici.

Interlude I
Interlude II

Écriture·Interlude·Peinture

Interlude II

Interlude II (1 & 2), acrylique sur papier, 21 x 29,7 cm (2026).

« La peinture fait appel aux corps de l’artiste et du spectateur. Cette présence physique relève du charnel et du viscéral. De l’instantané également.

    Le rejet d’une peinture est immédiat ; le coup de foudre rare ; son amour nécessite du temps.

    Mais combien de temps passons-nous, au juste, devant un tableau ?

    Nous passons souvent sans le voir ; nous passons au travers ; nous passons au suivant ! 

    En tant qu’écrivain je donne le la — mon tempo. Mes ruptures, essoufflements et labyrinthes deviennent (un temps) ceux du lecteur. Tant qu’on me lit, on suit le fil que j’ai tendu, le récit que j’ai tissé. Même en se dépêchant, même en rejetant, on apprivoise, on appréhende et quelque part on « s’attarde ».

    En tant qu’écrivain, je n’ai aucune assurance que quelqu’un aime ou comprenne mon travail, mais je peux tenter de poser des balises, de proposer un chemin. En tant que peintre, je n’ai aucune prise sur le voyage dans lequel va s’engager — ou non —
le visiteur. Aucune influence sur la durée d’appropriation de mon travail.

    La toile reste avant tout un grand silence. »

Extrait de ma nouvelle « Dimanche Bleu », sur mes pratiques de l’écriture et de la peinture (2025). La toile associée à ce texte est à retrouver ici.

Interlude I

Écriture·Interlude·Peinture

Interlude I

Interlude I (1 & 2), acrylique sur papier, 21 x 29,7 cm (2026).

    « Peinture et écriture s’opposent et se complètent dans ma vie. Elles naissent l’une de l’autre et me permettent de chercher — quelquefois même de trouver — un équilibre.

    Je réalise mes toiles aux (plus) beaux jours, ceux de clarté et de chaleur, mais je peux écrire dans la nuit et le gel de l’hiver sans entraves. Peindre dans le froid est une souffrance qui éclot par vagues. Difficile de faire avec ou malgré ses secousses.

    L’éclairage artificiel sonne faux ; il déroute mes ressentis.

    Les formats sèchent mal…

    Si mon écriture peut expérimenter l’inconfort d’une saison, elle reste épargnée de ses douleurs possibles. Elle se passe en outre de matériel ; un coin de table, ou même mes genoux, le soleil qui s’évanouit, me suffisent. Sa pauvreté de moyen est sa richesse, sans doute son plus grand défi, puisque je suis l’unique outil, mon propre matériau.

    Tout à la fois le début et la fin.

    Le début et la fin.

    Beau synonyme de solitude ! »

Extrait de ma nouvelle « Dimanche Bleu », sur mes pratiques de l’écriture et de la peinture (2025). La toile associée à ce texte est à retrouver ici.

Écriture

Marie et Fernand

Je ne peux plus dessiner les fleurs, des pensées, les légumes du jardin. Fonds de mémoire sans photo, sans témoin.

Pourquoi ce soir d’hier m’apparaît-il d’hiver alors que je venais les étés ? Pépé sur son fauteuil en bout de table, Mémé sur une chaise en paille de bois foncé, à mes côtés. Dehors, la nuit. Derrière, le poêle à bois. Ici, la toile cirée et droit devant l’unique lumière autre que le néon lasse : la télé, ces films qui m’intriguent. Noir et blanc, vieux acteurs ; entendre, sans toujours comprendre, mes grands-parents rire.

Dehors, l’immensité. Derrière, très loin, chez moi… mes parents. Ici, ce temps interminable et droit devant si souvent, l’ennui impérissable. D’où sort cette feuille, alors que Mémé n’écrit que sur les cartons d’emballage ?  Elle me la tend. Je m’applique, et ça n’est pas si facile, les tulipes, avec cette palette et ce pinceau rachitique.

Au matin, Pépé scotche mon œuvre sur le vaisselier en formica. Quelle fierté ! Tant d’années à contempler, sans plus le voir, droit devant, ce seul bagage décoloré, emporté dans leur dernière dernière maison.

Écriture·Peinture·Poésie·Primitive

Les parfums désœuvrés & Voyager sa nature

Les parfums désœuvrés & Voyager sa nature, Acrylique et pigments cyan, magenta, jaune primaire et blanc sur papier, cadre noir ou blanc et sous-verre, 21 x 29,7 cm (2026).

     J’ai la vue qui déraille et soutient quelquefois des mirages aux parfums désœuvrés ; arômes bucoliques, senteurs diluviennes, effluves de nacre et de repentirs. Les esquisses des regards assoupis par mes audaces anciennes délivrent leur message, incompréhensible — hélas ! Je secoue alors l’immobile et délicate empreinte des nouveaux mots qui se gravent en moi, poinçon fragile de maux chuchotés, ancrés, rivés et dérivés à mon âme.

     J’ai la vie qui défaille et soupire ses excuses sur un air et un ton maladroits.

    Un sursaut qui malmène les outrages et les têtus adages d’un Océan de faux. Être sa vérité, voyager sa nature. Transporter ses entailles, ses ramures, ses failles et ses champs de verdure, caresser les éparses réunis en un instant de chair et de mots. Irrésistible, effronté naturel ! Implorée, exaltée authenticité !   

Écriture·Peinture·Primitive

Le chaos de mes songes & La fin d’un monde

Le chaos de mes songes & La fin d’un monde, Acrylique et pigments cyan, magenta, jaune primaire et blanc sur papier, cadre noir ou blanc et sous-verre, 21 x 29,7 cm (2026).

    Du désordre de mes pensées naît le chaos bienveillant de mes songes. Enflammées des tic-tac accumulés, enflammées des tic-tac qui se dérobent, mes imaginations courent et volent après mes horizons. Je rêve je rêve et après. Après je vis, seulement je vis après.

    Étreindre ma liberté et aimer encore et en corps. Je rêve, oui, des déserts d’où je quête une réalité, de ce silence acquis des sacrifices. Les échos de mes abîmes se cognent à un mur à présent, à présent que le bout du tunnel démontre le bout de son nez.

    Je ricoche sur un baiser, je ricoche à un rire.    

    L’impression de flotter, de flouter, de filouter, même ! alors que tout est ici, dans mes bras. La fin d’un monde, la fin d’un cycle. Une mort qui — aussitôt — d’une incontrôlable manière, ressuscite.