Écriture·Interlude·Peinture

Interlude VI

Interlude VI (1 & 2), acrylique sur papier, 29,7 x 21 cm (2026).

    « J’ai compris assez récemment que peindre, même quand c’est inconfortable ou terrible, me relie à une sorte d’enfance  » idéale « , que je n’ai pas connue, sans doute, mais que je recrée malgré moi au quotidien, au geste, à la joie.

    Écrire m’enracine plutôt dans l’âge (béni) de l’adolescence, affleure puis caresse l’origine d’une sagesse qui s’interroge.

    Si le corps explore les mots — par ressentis — et si l’intelligence se diffuse dans la toile, la chair de mes textes et l’analyse de mes peintures surgissent uniquement dans un second temps.

    J’ai besoin des deux : peindre et écrire, pour FAIRE et ÊTRE corps, âme, esprit. Rejoindre la terre et puis le ciel. Exister et me sentir à ma place. Une évidence, donner et trouver du sens où il n’en existe pas.

    J’ai besoin des deux et j’ai besoin de temps. Le temps de contempler, le temps d’être libre et le temps de féconder me paraissent aussi importants (peut-être plus) que les temps d’écrire ou de peindre, que les temps physiques de créer.

    Une vie parallèle enfouie travaille sans cesse.

    Je (ne) suis (qu’) en chemin. »

Extrait de ma nouvelle « Dimanche Bleu », sur mes pratiques de l’écriture et de la peinture (2025).
La toile associée à ce texte est à retrouver ici.

Interlude I
Interlude II
Interlude III
Interlude IV
Interlude V

Écriture·Interlude·Peinture

Interlude V

Interlude III (1 & 2), acrylique sur papier, 29,7 x 21 cm (2026).

« L’âge adulte de la peinture ne (me) prévient pas. Il peut jaillir au tournant d’une désespérance.
Sa maturité hérite souvent d’un défaut ; pierre angulaire sur laquelle le tableau s’abandonne entier, se livre, nous parle. Ce que je considère comme un manquement ou un raté demeure fondamental, essayer de le retirer ou de l’améliorer profanerait l’ensemble.

    Chacun de mes choix de peintre comporte le risque de tout gâcher ou de tout perdre. Je me retrouve parfois obligée d’arracher au tableau sa partie la plus belle sans pouvoir racheter mes sacrifices ou rattraper mes regrets.

    Mes déchirements d’écrivaine sont moins douloureux. Je garde des brouillons, les premières versions… Je triche : tout ce à quoi je renonce, de manière « officielle », existe encore quelque part.

    Si je cède à la tentation des modifications pour l’écrit, les toiles — dont l’élan se construit au présent — portent par contre leur The End définitif. Superpositions de couleurs et de matières, doutes et culots demeurent uniques. Leur passé ancré et refoulé, concret et imaginé, empêche d’en reconstituer un sosie parfait.

    Mes tableaux rayonnent d’une singularité au sein d’une essence commune — mes mouvements, mes aspirations, mes instincts.

    (Mes paysages qui remontent en surface). »

Extrait de ma nouvelle « Dimanche Bleu », sur mes pratiques de l’écriture et de la peinture (2025).
La toile associée à ce texte est à retrouver ici.

Interlude I
Interlude II
Interlude III
Interlude IV

Écriture·Interlude·Peinture

Interlude IV

Interlude III (1 & 2), acrylique sur papier, 21 x 29,7 cm (2026).

    « Je conserve quelques fondations, timides, en écrivant. Une confiance évanescente — à tâtons. Quand je peins, en revanche, c’est comme si je n’avais jamais rien peint de ma vie. Vocabulaire et sens de l’orientation se font la malle. Tout acquis et tout souvenir m’échappent.

     Consciente des causes, je m’interroge sur la part « volontaire » de cette entrave. Égarer ses connaissances, même « pour de faux », offre des avantages.

    Je travaille la peinture à l’intuition (le cœur), à l’instinct (le corps) et à l’accident (l’extérieur). Ciel et Terre pareillement vitaux. Quelquefois, je me demande qui peint.

    J’apprivoise des pressentiments et des successions de hasards plus ou moins heureux. Je ne fais pas d’esquisses parce qu’elles rigidifiaient mes créations ; parce qu’elles accentuaient les réflexes, les conditionnements ; parce qu’elles ajoutaient leur caractère d’inatteignable — une pression.

    Chaque toile se révèle donc une bataille autant qu’une surprise.

    Le regard est versatile, misanthrope ou généreux. Qu’on dévisage un tableau ou son image devant le miroir, les impressions, les jugements sur l’instant, sont rarement fiables. »

Extrait de ma nouvelle « Dimanche Bleu », sur mes pratiques de l’écriture et de la peinture (2025). La toile associée à ce texte est à retrouver ici.

Interlude I
Interlude II
Interlude III

Écriture·Interlude·Peinture

Interlude III

Interlude III (1 & 2), acrylique sur papier, 21 x 29,7 cm (2026).

    « La toile reste avant tout un grand silence.

    Lorsqu’elle nous saisit, dépouillée et dénuée de directives, nous étreignons en réalité nos propres amours, manques, absences et désirs. Elle effleure puis bouleverse nos fragments les plus intimes, les plus indicibles, ceux que personne n’atteint jamais ni ne connaît — parfois pas même soi.

    Mes tableaux se construisent par ajouts progressifs, des vibrations qui comptent triple. Ces frémissements, indécelables, existent aussi dans mes écrits, au cœur des retraits successifs. Ce qui infuse dans mes peintures musarde sur la toile et la colonise, camouflé ; ce qui a infusé en écriture subsiste en moi, dissimulé au cœur du texte.

    Les strates de pigments se superposent, les couches de phrases se retirent. »

Extrait de ma nouvelle « Dimanche Bleu », sur mes pratiques de l’écriture et de la peinture (2025). La toile associée à ce texte est à retrouver ici.

Interlude I
Interlude II

Écriture·Interlude·Peinture

Interlude II

Interlude II (1 & 2), acrylique sur papier, 21 x 29,7 cm (2026).

« La peinture fait appel aux corps de l’artiste et du spectateur. Cette présence physique relève du charnel et du viscéral. De l’instantané également.

    Le rejet d’une peinture est immédiat ; le coup de foudre rare ; son amour nécessite du temps.

    Mais combien de temps passons-nous, au juste, devant un tableau ?

    Nous passons souvent sans le voir ; nous passons au travers ; nous passons au suivant ! 

    En tant qu’écrivain je donne le la — mon tempo. Mes ruptures, essoufflements et labyrinthes deviennent (un temps) ceux du lecteur. Tant qu’on me lit, on suit le fil que j’ai tendu, le récit que j’ai tissé. Même en se dépêchant, même en rejetant, on apprivoise, on appréhende et quelque part on « s’attarde ».

    En tant qu’écrivain, je n’ai aucune assurance que quelqu’un aime ou comprenne mon travail, mais je peux tenter de poser des balises, de proposer un chemin. En tant que peintre, je n’ai aucune prise sur le voyage dans lequel va s’engager — ou non —
le visiteur. Aucune influence sur la durée d’appropriation de mon travail.

    La toile reste avant tout un grand silence. »

Extrait de ma nouvelle « Dimanche Bleu », sur mes pratiques de l’écriture et de la peinture (2025). La toile associée à ce texte est à retrouver ici.

Interlude I

Écriture·Interlude·Peinture

Interlude I

Interlude I (1 & 2), acrylique sur papier, 21 x 29,7 cm (2026).

    « Peinture et écriture s’opposent et se complètent dans ma vie. Elles naissent l’une de l’autre et me permettent de chercher — quelquefois même de trouver — un équilibre.

    Je réalise mes toiles aux (plus) beaux jours, ceux de clarté et de chaleur, mais je peux écrire dans la nuit et le gel de l’hiver sans entraves. Peindre dans le froid est une souffrance qui éclot par vagues. Difficile de faire avec ou malgré ses secousses.

    L’éclairage artificiel sonne faux ; il déroute mes ressentis.

    Les formats sèchent mal…

    Si mon écriture peut expérimenter l’inconfort d’une saison, elle reste épargnée de ses douleurs possibles. Elle se passe en outre de matériel ; un coin de table, ou même mes genoux, le soleil qui s’évanouit, me suffisent. Sa pauvreté de moyen est sa richesse, sans doute son plus grand défi, puisque je suis l’unique outil, mon propre matériau.

    Tout à la fois le début et la fin.

    Le début et la fin.

    Beau synonyme de solitude ! »

Extrait de ma nouvelle « Dimanche Bleu », sur mes pratiques de l’écriture et de la peinture (2025). La toile associée à ce texte est à retrouver ici.