
« Je conserve quelques fondations, timides, en écrivant. Une confiance évanescente — à tâtons. Quand je peins, en revanche, c’est comme si je n’avais jamais rien peint de ma vie. Vocabulaire et sens de l’orientation se font la malle. Tout acquis et tout souvenir m’échappent.
Consciente des causes, je m’interroge sur la part « volontaire » de cette entrave. Égarer ses connaissances, même « pour de faux », offre des avantages.
Je travaille la peinture à l’intuition (le cœur), à l’instinct (le corps) et à l’accident (l’extérieur). Ciel et Terre pareillement vitaux. Quelquefois, je me demande qui peint.
J’apprivoise des pressentiments et des successions de hasards plus ou moins heureux. Je ne fais pas d’esquisses parce qu’elles rigidifiaient mes créations ; parce qu’elles accentuaient les réflexes, les conditionnements ; parce qu’elles ajoutaient leur caractère d’inatteignable — une pression.
Chaque toile se révèle donc une bataille autant qu’une surprise.
Le regard est versatile, misanthrope ou généreux. Qu’on dévisage un tableau ou son image devant le miroir, les impressions, les jugements sur l’instant, sont rarement fiables. »
Extrait de ma nouvelle « Dimanche Bleu », sur mes pratiques de l’écriture et de la peinture (2025). La toile associée à ce texte est à retrouver ici.
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