
Je contemple les vaches au loin, de l’entrée du bourg. Certains veaux se courent après devant quelques buissons, des chênes, des châtaigniers. Face à moi : l’étang et son défilé des saisons, l’eau qui va déborder avant de geler en hiver ; l’eau qui stagne en été, source d’hirondelles joueuses et de libellules pressées.
Je savoure ce panorama resserré, suranné. Un tableau d’impressionniste. Je savoure et je me rends compte qu’il y a cinquante ans, cent ans, ou plus, le paysage était (selon toute vraisemblance) identique. D’autres personnes ont regardé ce que j’observe à la virgule près. D’autres personnes, d’autres arbres, d’autres vaches… et toute cette existence forgée sur des décennies qui n’a fait que vivre, vivre, vivre a comme un goût de musée.
Mes yeux s’abandonnent à une image d’Épinal.