
« La peinture fait appel aux corps de l’artiste et du spectateur. Cette présence physique relève du charnel et du viscéral. De l’instantané également.
Le rejet d’une peinture est immédiat ; le coup de foudre rare ; son amour nécessite du temps.
Mais combien de temps passons-nous, au juste, devant un tableau ?
Nous passons souvent sans le voir ; nous passons au travers ; nous passons au suivant !
En tant qu’écrivain je donne le la — mon tempo. Mes ruptures, essoufflements et labyrinthes deviennent (un temps) ceux du lecteur. Tant qu’on me lit, on suit le fil que j’ai tendu, le récit que j’ai tissé. Même en se dépêchant, même en rejetant, on apprivoise, on appréhende et quelque part on « s’attarde ».
En tant qu’écrivain, je n’ai aucune assurance que quelqu’un aime ou comprenne mon travail, mais je peux tenter de poser des balises, de proposer un chemin. En tant que peintre, je n’ai aucune prise sur le voyage dans lequel va s’engager — ou non —
le visiteur. Aucune influence sur la durée d’appropriation de mon travail.
La toile reste avant tout un grand silence. »
Extrait de ma nouvelle « Dimanche Bleu », sur mes pratiques de l’écriture et de la peinture (2025). La toile associée à ce texte est à retrouver ici.
Interlude I








