Georges MATHIEU·Publications

Affaire contre les organismes de liaison des M.U.R. (3).

Les Laboratoires Radioélectriques (L.R.) sont fondés à Paris par Mario NIKIS, dans les années 1930. L’entreprise, qui fabrique des équipements électroniques destinés aux aérodromes, se replie à Clermont-Ferrand pendant la guerre. Après l’invasion de la zone Sud, sa production est « détournée pour répondre à la demande allemande » (« The Telegraph, 8 mars 2004). Les L.R. fournissent aux M.U.R. leurs premiers postes émetteurs (« À Nous, Auvergne ! », p. 223).*

Alfred LELLUCH, ingénieur et directeur technique des Laboratoires Radioélectriques avec qui René VITOU Eugène est en relation, organise, avec l’accord de son patron Mario NIKIS, « la répartition des émetteurs radio sur l’ensemble du territoire pour permettre à la radio de se faire entendre dès le départ de l’ennemi, malgré la destruction presque totale de son réseau national. » ( Hommage aux Fusillés natifs d’Alger, « LELLUCH Alfred, Abraham », mariepierre86 – 10 juillet 2019).

ECHKARDT, fort des renseignements transmis par l’agent double belge Alfred DORMAL (qui en tant qu’adjoint de René VITOU prend contact en personne avec plusieurs employés des L.R. pour les M.U.R.), décide de mener une action contre l’entreprise – parallèlement à celle effectuée contre la Poste centrale de Delille à Clermont-Ferrand.

Une équipe du Sonderkommando, composée notamment de Georges MATHIEU et de BRESSON, se rend dans leurs locaux pour appréhender le 15 mai 1944 le directeur
des Laboratoires Radioélectriques et plusieurs de ses employés.

Emma NIKIS sera arrêtée chez elle, villa Les Fougères, à Chamalières. Dans une déposition de 1945, elle témoigne que tous sont détenus 6 jours et 6 nuits avenue de Royat et interrogés par MATHIEU ( et son équipe). Hormis Mme NIKIS ( car elle est de  » nationalité anglaise  » explique VERNIÈRE ), hommes et femmes sont affreusement martyrisés.

Alfred LELLUCH et Mario NIKIS, violemment frappés, sont également tondus sur l’ordre d’ECKHARDT (selon BRESSON par SAUTAREL), explique VERNIÈRE car ils sont « Juifs » – ce qui n’est pas confirmé pour Mario NIKIS, qui ne semble pas figurer sur Le Mur des Noms ou dans les bases de données du Mémorial de la Shoah. Le chef du SD. s’acharne sur les deux hommes pendant qu’il les auditionne, explique MATHIEU. Pierre LEIDIER témoigne avoir vu Mario NIKIS revenir d’un interrogatoire « la tête rasée, le visage tuméfié, [il] portait de nombreuses traces de coups de nerf de bœuf. »

Parmi les personnes que nous avons pu identifier, sont envoyés dans les camps (les âges de décès sont inscrits entre parenthèses) : Pierre BERNARD ; Éliane LEBLANC, née ROUGEAUX ; Maurice MIRABEL (31 ans) ; Emma NIKIS, née TATTERSALL ; Mario NIKIS (35 ans) et Gabrielle SIDLER.

Cette vaste opération se termine par l’interpellation de gérants de café clermontois qui servent de boîtes aux lettres aux M.U.R. Tous sont déportés : Paul MIGLIONICO (et sa compagne, non identifiée car ils n’étaient pas mariés) ; Camille POUGHEON et Jean POUGHEON (57 ans).

> Le sous-chapitre  » Arrestations aux Laboratoires Radioélectriques de Clermont-Ferrand « , est à retrouver pp. 264 à 273. Il fait partie de l’ » Affaire contre les organismes de liaison des M.U.R. « , pp. 243 à 276 de  » Georges MATHIEU de Saint-Cyr à la Gestapo «.  **

* LÉVY, Gilles et Francis, CORDET (1974). À Nous, Auvergne !, Presses de la Cité, p. 223.
** Disponible auprès de l’auteur (32€ frais de port inclus), de votre libraire (32€) ou sur Amazon (33€76).

Georges MATHIEU·Publications

Affaire contre les organismes de liaison des M.U.R. (2).

L’agent double belge Alfred DORMAL Claude, sait que René VITOU Eugène, le responsable des liaisons M.U.R. de R6, devait retrouver Jacques BINGEN Reclus à Ferrières-Sainte-Marie (dans le Cantal), pour le présenter à l’agent de liaison d’Henry INGRAND.

HÜCK, BISENIUS et DORMAL prennent VITOU en filature dans le train, mais ils l’interpellent (très étrangement) avant qu’il ne se rende à son rendez-vous, une station avant Ferrières-Sainte-Marie.
Conduit 2 bis avenue de Royat, Eugène, qui a travaillé avec DORMAL (qui infiltre les M.U.R. depuis des mois), ne peut nier plus longtemps son rôle dans la Résistance et ses activités – tant à Marseille, qu’à Clermont-Ferrand, ou à Montpellier.

ECKHARDT décide d’une action à laquelle participe toute l’équipe française (notamment à la Poste centrale, place Delille à Clermont-Ferrand).
Plusieurs membres des M.U.R. (employés P.T.T. ou ambulants S.N.C.F.) sont appréhendés les 14 et 15 mai 1944.

Tous les prisonniers sont frappés et interrogés par MATHIEU, BRESSON, VERNIÈRE et SAUTAREL.

Ceux qui ont pu être identifiés sont tous déportés. Un seul rentre des camps (les âges de décès sont inscrits entre parenthèses) : Michel CHAPELLE (58 ans) ; Maurice FOURNIER (54 ans) ; Pierre FRÉRY (26 ans) ; Lucien MICHEAU (33 ans) ; Marius MONTMORY (39 ans) ; Jean-Baptiste PACCARD (52 ans) ; Émile ROUX Pierre Duval ; Étienne SERVANT (54 ans) et René VITOU Eugène (21 ans).

Le SD. a trouvé un carnet sur un détenu, dans lequel figuraient « des noms d’employés P.T.T. en lien avec la Résistance. »
Cette découverte amène à des interpellations au sein du réseau Action P.T.T. de l’Allier et du Cantal – 20 à 70 personnes seraient appréhendées selon les sources (mais aucun dénombrement ne semble avoir été effectué).

Le 15 mai, le SD. de Vichy procède notamment, dans l’Allier, aux arrestations de : René CHALMET (29 ans) ; Fernand GÂTEAU (42 ans) et André INFARNET (34 ans). Georges RINGARD (33 ans) est arrêté le 19 mai, et Louis RIOU, le 9 juin (34 ans).
Tous meurent dans les camps (les âges de décès sont entre parenthèses).

C’est aussi le 15 mai que le SD. de Montpellier interpelle notamment ces membres du réseau P.T.T. de l’Hérault : Joseph TUDES (libéré le 9 juin) ; Jean-Louis EUTIQUE (42 ans) et Jean LAGARDÈRE (rapatrié).

Suzanne RAPARIE, membre d’Action P.T.T. dès 1943 et du S.R. des M.U.R. du Cantal, indique qu’on vient l’arrêter sur son lieu de travail à Saint-Flour (Cantal), le 15 mai 1944, vers 15 heures. Employée des Postes de la ville, elle assure la transmission clandestine des télégrammes ainsi que les communications téléphoniques, et figure dans le carnet découvert sur le résistant arrêté à Clermont.

Mlle RAPARIE est immédiatement conduite chez elle, où se trouvent son frère Marcel RAPARIE et sa mère. Son domicile est longuement perquisitionné, puis les enfants RAPARIE sont conduits au commissariat central d’Aurillac, où ils passent la nuit avant d’être transférés à Clermont-Ferrand.
MATHIEU confirme que Suzanne RAPARIE n’avouera rien en interrogatoire en dépit des brutalités infligées.

Le 17 mai, vers 19 heures, un kommando se rend au café MALLET, situé rue des Lacs à Saint-Flour, pour tenter d’appréhender COULAUDON.

Le jeune Pierre RIGAL, agent de liaison du réseau P.T.T. et de Jean LÉPINE (chef des M.U.R. du Cantal), membre de la compagnie des Transmissions F.F.I. d’Auvergne, est arrêté tandis qu’il est en possession d’un important document qu’il a le temps de jeter sous une banquette. Il est ramené avenue de Royat et torturé.
Pierre RIGAL décèdera en déportation. Il avait 17 ans.

Après cette opération, le SD. va procéder à des arrestations aux Laboratoires-Radioélectriques : ici

> Le sous-chapitre  » Arrestations de membres de la Résistance P.T.T. du Puy-de-Dôme, du Cantal, de l’Allier…« , est à retrouver pp. 254 à 264. Il fait partie du chapitre  » Affaire contre les organismes de liaison des M.U.R. « , pp. 243 à 276 de  » Georges MATHIEU de Saint-Cyr à la Gestapo « . *

* Disponible auprès de l’auteur (32€ frais de port inclus), de votre libraire (32€) ou sur Amazon (33€76).

Georges MATHIEU·Publications

L’affaire contre les organismes de liaison des M.U.R. (1)

L’affaire contre les organismes de liaison des M.U.R. est une des plus vastes opérations du Sonderkommando de Clermont-Ferrand – à laquelle participe également l’équipe  » concurrente  » à celle de MATHIEU: l’Aussentelle, qui dépend aussi du SD.

Alfred DORMAL Claude est un agent-double belge recruté par l’Abwher (le service de contre-espionnage de l’État-major de l’armée allemande) en février 1943. Il est missionné contre la Résistance en France à l’automne de la même année.

Depuis des mois, Claude a infiltré l’organisme de liaison des M.U.R. Il est entré dans le réseau via un ancien camarade, qu’il croise par hasard à Marseille: Jean LIBERT.*
À l’occasion d’une formation  » aux méthodes de chiffrement puis aux mécanismes des liaisons « , Alfred DORMAL rencontre le responsable national des M.U.R. puis du M.L.N. : Jacques JOURDA Jacquemin.

Claude travaille avec René VITOU Eugène, qui va bientôt être muté à Clermont-Ferrand en tant que responsable régional des liaisons de la Région 6 (l’Auvergne).

Selon MATHIEU, DORMAL n’a pas le temps de monter une équipe.
Il se rend donc au siège du SD., la veille de l’arrivée de Reclus, et prévient ECKHARDT que l’envoyé de de GAULLE en France (qui est le successeur de Jean MOULIN) sera à la gare le lendemain.

Le 12 mai 1944 (ou le 13 selon certains), MATHIEU fait partie des membres du SD. envoyés en gare de Clermont-Ferrand, avec PEGLOW, GRÜNEWALD et l’agent luxembourgeois Léon BISENIUS Dubois.
Ils interpellent un homme,  » CHAPELIER, contrôleur des Postes « , et le ramènent avenue de Royat, à Chamalières, sans avoir rien trouvé de compromettant sur lui.
Tous partent se reposer en attendant confirmation de son identité par DORMAL.

Reclus, resté sous surveillance au poste de garde, assomme un de ses gardiens et s’enfuit… Il sera rattrapé et reconduit au siège du SD., où il avale la capsule de cyanure qui lui a été transmise à son départ de Londres. Il décède à Chamalières, à l’âge de 36 ans. Son corps ne sera jamais retrouvé.

MATHIEU indique que le SD. n’apprend que quinze jours plus tard, par un télégramme venu de Paris, que le résistant appréhendé se nomme Jacques BINGEN, « envoyé spécial de de GAULLE en France, chargé de toutes les liaisons télégraphiques et téléphoniques sur l’ensemble du territoire pour le compte de la Résistance. »

Dans la lettre écrite à sa mère, le 15 août 1943, Jacques BINGEN écrivait :

Deux opérations suivent la capture et le décès de Jacques BINGEN :

1°) Arrestations de membres de la Résistance P.T.T. du Puy-de-Dôme, du Cantal, de l’Allier… : ici
2°) Arrestations aux Laboratoires Radioélectriques de Clermont-Ferrand : ici

> Le sous-chapitre  » L’arrestation de Reclus « , qui contient des détails sur l’infiltration des M.U.R., la biographie de Jacques BINGEN, les différentes hypothèses sur sa date de décès… est à retrouver pp. 243 à 254 ; le sous-chapitre  » La condamnation d’Alfred DORMAL Claude  » se trouve pp. 273 à 276.
L’intégralité du chapitre,  » Affaire contre les organismes de liaison des M.U.R. « , se situe pp. 243 à 276 de  » Georges MATHIEU de Saint-Cyr à la Gestapo « . **

* Disponible auprès de l’auteur (32€ frais de port inclus), de votre libraire (32€) ou sur Amazon (33€76).

Georges MATHIEU·Publications

La 1ère affaire F.T.P.F.

Au printemps 1944, l’équipe française dirigée par MATHIEU (composée de Jean VERNIÈRE, BRESSON et SAUTAREL), procède à une vague d’arrestations de membres des Francs-Tireurs Partisans Français (F.T.P.F.) – organisation paramilitaire de Résistance créée par le parti communiste et ouverte aux personnes non encartées.

MATHIEU et ses camarades se livrent à une violence déchaînée au cours de ce que les rapports d’après-guerre nomment la « Première affaire F.T.P.F.».

Charles VERNIÈRE Julo est torturé par l’équipe française ainsi que ROTH et KALTSEISS. Il est retrouvé mort le lendemain dans sa cellule, suite aux coups reçus. Il avait 40 ans.

Nous avons pu identifier 15 personnes appréhendées au cours de cette opération, déportées, dont 8 meurent dans les camps ou des suites de déportation (les âges de décès sont inscrits entre parenthèses) : Lucien ARMAND (meurt peu après son rapatriement en France, à l’âge de 36 ans) ; Yvette ARMAND, née MEZART ; Marcel BERECK Lucie Bailly (41 ans) ; René BERGER Jean-Claude (23 ans) ; Félix CHANSÉAUME (29 ou 30 ans) ; Georgette IMBERT, née HUIN ; Germain IMBERT ; Philippe LAGARDE Collange (33 ans) ; José LOPEZ ; Marguerite LOPEZ, née MIRAT ; André SANITAS Marc (21 ans) ; Joseph SANITAS Francisque Philippe (39 ans) ; Lucienne TAGNARD Éva ; Paul TAGNARD Philippe (46 ans) et Anaïs VERNIÈRE, née PERRET.

>  » La 1ère affaire F.T.P.F.  » est à retrouver dans l’ouvrage » Georges MATHIEU de Saint-Cyr à la Gestapo « , pp. 233 à 243.*

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