Georges MATHIEU, ancien étudiant de l’Université de Strasbourg qui est repliée à Clermont-Ferrand depuis les débuts de la Seconde Guerre, commence (officiellement) sa collaboration avec les nazis de manière active, par une gigantesque rafle au retentissement national : celle de l’Université de Strasbourg (au cours de laquelle des étudiants de l’Université de Clermont-Ferrand sont également appréhendés).
Son rôle apparaît prépondérant dans le montage de l’action, la dénonciation d’anciens camarades de Résistance, et le tri des otages le jour-même – que MATHIEU réalise en personne, aidé d’Ursula BRAND La Panthère, dans les différents locaux attaqués.
L’opération du 25 novembre 1943 est la plus grande perpétrée par l’occupant au sein du milieu universitaire sur le territoire.
Deux cents soldats de la Luftwaffe (l’armée de l’Air allemande stationnée à Aulnat, sous le commandement du colonel EDZARD) sont déployés, ainsi que l’intégralité des effectifs de l’Aussenstelle (dirigée par Otto TOROK et son adjoint KRABBE) et du Sonderkommando de BLÜMENKAMP (auquel s’intègre Georges MATHIEU), ainsi que des membres de la Milice.
L’action allemande vise en même temps les différents lieux et locaux employés conjointement par les Universités clermontoise et strasbourgeoise :
– l’Université « neuve » de l’avenue Carnot ;
– la faculté de Droit, la bibliothèque municipale et l’Université du boulevard Lafayette ;
– les bâtiments de l’ancienne Université de l’avenue Vercingétorix et la résidence La Gallia de la rue Rabanesse.
Les Allemands investissent les différents lieux et rassemblent étudiants, personnels et professeurs avant leur » tri » : ceux qui seront envoyés au 92 (Alsaciens-Lorrains, Juifs, résistants dénoncés…) et ceux (généralement clermontois) qui seront relâchés.
Deux personnes décèdent au cours de cette opération allemande:
– Paul COLLOMP, 58 ans, professeur de Papyrologie et de Grec, est tué par KALTSEISS Cep dans les locaux de l’avenue Carnot ;
– Henri BLANCHET, réfugié Lorrain qui se mettrait à courir face à un barrage, meurt sous les tirs de soldats de la Luftwaffe, à proximité du Jardin des Plantes. Il avait 16 ans.
Le lendemain, environ deux cents personnes seraient relâchées du 92. Une trentaine de femmes et une centaine d’hommes resteraient maintenus en détention, mais d’autres libérations ont lieu de courant décembre jusqu’à la mi-janvier 1944.
Selon la plupart des rapports de police, de 70 à 83 raflés demeurent finalement internés au 92. C’est le chiffre qui apparaît le plus fiable (contrairement à celui de 130 déportés qui circule encore assez souvent actuellement).
Nous avons choisi de recouper plusieurs Archives, afin de parvenir à un dénombrement le plus complet possible des victimes.
Concernant les hommes, une liste de 258 personnes établie par la police française au 92 le soir du 25 novembre a été étudiée, ainsi que les dossiers des Archives départementales du Puy-de-Dôme 908 W 614 ; 1170 W 111 et 2078 W 74. Ont également été recoupés : les noms inscrits sur la plaque commémorative de l’Université de Strasbourg ; des témoignages publiés ou auditions de rapatriés ; les archives Arolsen (notamment pour les dates d’arrestation) ; ainsi que les déportés du convoi racial n°60, domiciliés dans le Puy-de-Dôme ; et les déportés des trois convois principaux de déportation (I.171, I.172 et I.175), nés dans le Bas-Rhin, le Haut-Rhin, la Meuse et la Meurthe-et-Moselle.
En l’état actuel des recherches, et en comptant les détenus qui ont pu s’échapper au cours du transport, nous avons pu retrouver au moins 72 déportés de la Grande rafle de l’Université de Strasbourg : 55 hommes et 17 femmes.
Parmi eux figurent 15 déportés d’origine juive (six hommes et neuf femmes), dont seulement 4 rentrent des camps (les âges de décès sont inscrits entre parenthèses) : Ginette BLUM (18 ans) et sa sœur Janine BLUM (20 ans) ; Marie Valentine BOUAZIZ (38 ans) ; Denise CAHEN ; Paul DREYFUS (27 ans) ; Madeleine ELBOGEN Mady, née KLEIN (21 ans) ; Monique FELDSTEIN (19 ans) ; Claire KLEIN (19 ans) ; Albert LÉVY (20 ans) ; Arlette LÉVY ; Oskar Philippe PFEFFER ; Aline SAMUEL ; Raymond STRAUSS (17 ans) ; Emmanuel WASSER (42 ans) et Jean WOLFF ( 20 ans).
René WEIL, blessé au cours de la Grande rafle, est libéré de Drancy le 18 août 1944.
Les autres prisonniers (quarante-sept hommes et sept femmes) sont déportés au sein de différents convois. Quatre au moins parviennent à s’évader durant le transport et dix-sept meurent dans les camps (les âges de décès sont inscrits entre parenthèses): Georges BONNET (48 ans) ; Albert CHALUS (24 ans) ; Marcel COUSSERAND (20 ans) ; René DIETRICH (25 ans) ; René DUMAS (24 ans); Jean DUTHEIL (24 ans) ; Joseph FEUERSTEIN (63 ans) ; Andrzej GORECKI (26 ans) ; Stanislaw GRENADJER (20 ans) ; Bhimo JODJANA (20 ans) ; Gaston JOUBERT (25 ans) ; Marcel LEJEUNE (22 ans) ; Jean MÉDERLET (23 ans) ; André OCHS (26 ans) ; Roger SAULCY (24 ans) ; Georges SPINDLER (entre 24 et 26 ans) et Jean TIXIER (24 ans).
> « Premier acte de collaboration de MATHIEU : la Grande rafle de l’Université de Strasbourg du 25 novembre 1943 » est à découvrir dans le détail dans « Georges MATHIEU de Saint-Cyr à la Gestapo « , pp. 78 à 108.*
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