L’affaire contre les organismes de liaison des M.U.R. est une des plus vastes opérations du Sonderkommando de Clermont-Ferrand – à laquelle participe également l’équipe » concurrente » à celle de MATHIEU: l’Aussentelle, qui dépend aussi du SD.
Alfred DORMAL Claude est un agent-double belge recruté par l’Abwher (le service de contre-espionnage de l’État-major de l’armée allemande) en février 1943. Il est missionné contre la Résistance en France à l’automne de la même année.
Depuis des mois, Claude a infiltré l’organisme de liaison des M.U.R. Il est entré dans le réseau via un ancien camarade, qu’il croise par hasard à Marseille: Jean LIBERT.*
À l’occasion d’une formation » aux méthodes de chiffrement puis aux mécanismes des liaisons « , Alfred DORMAL rencontre le responsable national des M.U.R. puis du M.L.N. : Jacques JOURDA Jacquemin.
Claude travaille avec René VITOU Eugène, qui va bientôt être muté à Clermont-Ferrand en tant que responsable régional des liaisons de la Région 6 (l’Auvergne).
Selon MATHIEU, DORMAL n’a pas le temps de monter une équipe.
Il se rend donc au siège du SD., la veille de l’arrivée de Reclus, et prévient ECKHARDT que l’envoyé de de GAULLE en France (qui est le successeur de Jean MOULIN) sera à la gare le lendemain.
Le 12 mai 1944 (ou le 13 selon certains), MATHIEU fait partie des membres du SD. envoyés en gare de Clermont-Ferrand, avec PEGLOW, GRÜNEWALD et l’agent luxembourgeois Léon BISENIUS Dubois.
Ils interpellent un homme, » CHAPELIER, contrôleur des Postes « , et le ramènent avenue de Royat, à Chamalières, sans avoir rien trouvé de compromettant sur lui.
Tous partent se reposer en attendant confirmation de son identité par DORMAL.
Reclus, resté sous surveillance au poste de garde, assomme un de ses gardiens et s’enfuit… Il sera rattrapé et reconduit au siège du SD., où il avale la capsule de cyanure qui lui a été transmise à son départ de Londres. Il décède à Chamalières, à l’âge de 36 ans. Son corps ne sera jamais retrouvé.
MATHIEU indique que le SD. n’apprend que quinze jours plus tard, par un télégramme venu de Paris, que le résistant appréhendé se nomme Jacques BINGEN, « envoyé spécial de de GAULLE en France, chargé de toutes les liaisons télégraphiques et téléphoniques sur l’ensemble du territoire pour le compte de la Résistance. »
Dans la lettre écrite à sa mère, le 15 août 1943, Jacques BINGEN écrivait :
« Je trahirais l’idéal pour lequel j’ai quitté la France en juin 1940 si je restais à Londres, assis dans un fauteuil jusqu’à la victoire, et je trahirais mon devoir si j’abandonnais dans d’autres conditions que je ne le fais le poste que j’occupe ici. Je veux lutter dangereusement pour les idéaux de liberté qui, tu le sais, m’ont toujours inspiré. J’ai acquis dans l’épreuve un amour de la France plus fort, plus immédiat, plus tangible que tout ce que j’ai éprouvé autrefois, quand la vie était douce et, somme toute, facile. Et voici que mon départ, par une chance inattendue, peut servir la France autant que celui de beaucoup de soldats… Enfin, accessoirement, j’ai la volonté de venger tant de juifs torturés et assassinés par une barbarie dont l’histoire n’offre pas de précédents. Il est bien qu’un juif de plus – il y en a tant déjà, si tu savais ! prenne sa part entière dans la libération de notre patrie… »
Deux opérations suivent la capture et le décès de Jacques BINGEN :
1°) Arrestations de membres de la Résistance P.T.T. du Puy-de-Dôme, du Cantal, de l’Allier… : ici
2°) Arrestations aux Laboratoires Radioélectriques de Clermont-Ferrand : ici
> Le sous-chapitre » L’arrestation de Reclus « , qui contient des détails sur l’infiltration des M.U.R., la biographie de Jacques BINGEN, les différentes hypothèses sur sa date de décès… est à retrouver pp. 243 à 254 ; le sous-chapitre » La condamnation d’Alfred DORMAL Claude » se trouve pp. 273 à 276.
L’intégralité du chapitre, » Affaire contre les organismes de liaison des M.U.R. « , se situe pp. 243 à 276 de » Georges MATHIEU de Saint-Cyr à la Gestapo « . **
* Jean LIBERT Jourdan Marie-Louise, né le 25 novembre 1923 à Paris, intègre les M.U.R. de la capitale, puis les M.U.R. de Marseille, où sa fiancée Germaine LAFITTE Geneviève Marie-Louise, dirige le service de liaison du mouvement pour les Bouches-du-Rhône. Lorsqu’elle est arrêtée début mars 1944 (déportée, rapatriée), Jean LIBERT reprend ses fonctions et son pseudonyme car en « signant tous les papiers du nom de Marie-Louise, il espérait ainsi diminuer les accusations qui pesaient sur sa compagne » (« Jean LIBERT», notice de Robert MENCHERINI ).
Jourdan poursuit ses activités durant plusieurs mois à Marseille, mais les liaisons des M.U.R. – M.L.N. des Bouches-du-Rhône sont infiltrées par Maurice SEIGNON de POSSEL DEYDIER, un résistant qui trahit pour de l’argent (et au sujet duquel Jean-Marie GUILLON a rédigé une notice extrêmement complète pour le Maitron ).
Jean LIBERT, dénoncé, est piégé et arrêté le 13 ou le 14 juillet 1944 à Marseille (selon les sources), par Ernst DUNKER Delage, agent du SD. de la ville.
Il meurt à l’âge de 20 ans, fusillé dans le vallon de Signes (Var), le 12 ou le 13 août 1944, avec huit de ses camarades. Son corps est découvert en septembre.
Jourdan repose aujourd’hui à Signes, devenue nécropole nationale.
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