Première partie: Arrestation et suicide de Jacques BINGEN, successeur de Jean MOULIN à Chamalières, le 12 mai 1944: ici
Deuxième partie: Arrestations de membres de la Résistance P.T.T. du Cantal, du Puy-de-Dôme, de l’Allier: ici
Les Laboratoires Radioélectriques (L.R.) sont fondés à Paris par Mario NIKIS, dans les années 1930. L’entreprise, qui fabrique des équipements électroniques destinés aux aérodromes, se replie à Clermont-Ferrand pendant la guerre. Après l’invasion de la zone Sud, sa production est « détournée pour répondre à la demande allemande » (« The Telegraph, 8 mars 2004). Les L.R. fournissent aux M.U.R. leurs premiers postes émetteurs (« À Nous, Auvergne ! », p. 223).*
Alfred LELLUCH, ingénieur et directeur technique des Laboratoires Radioélectriques avec qui René VITOU Eugène est en relation, organise, avec l’accord de son patron Mario NIKIS, « la répartition des émetteurs radio sur l’ensemble du territoire pour permettre à la radio de se faire entendre dès le départ de l’ennemi, malgré la destruction presque totale de son réseau national. » ( Hommage aux Fusillés natifs d’Alger, « LELLUCH Alfred, Abraham », mariepierre86 – 10 juillet 2019).
ECHKARDT, fort des renseignements transmis par l’agent double belge Alfred DORMAL (qui en tant qu’adjoint de René VITOU prend contact en personne avec plusieurs employés des L.R. pour les M.U.R.), décide de mener une action contre l’entreprise – parallèlement à celle effectuée contre la Poste centrale de Delille à Clermont-Ferrand.
Une équipe du Sonderkommando, composée notamment de Georges MATHIEU et de BRESSON, se rend dans leurs locaux pour appréhender le 15 mai 1944 le directeur
des Laboratoires Radioélectriques et plusieurs de ses employés.
Emma NIKIS sera arrêtée chez elle, villa Les Fougères, à Chamalières. Dans une déposition de 1945, elle témoigne que tous sont détenus 6 jours et 6 nuits avenue de Royat et interrogés par MATHIEU ( et son équipe). Hormis Mme NIKIS ( car elle est de » nationalité anglaise » explique VERNIÈRE ), hommes et femmes sont affreusement martyrisés.
Alfred LELLUCH et Mario NIKIS, violemment frappés, sont également tondus sur l’ordre d’ECKHARDT (selon BRESSON par SAUTAREL), explique VERNIÈRE car ils sont « Juifs » – ce qui n’est pas confirmé pour Mario NIKIS, qui ne semble pas figurer sur Le Mur des Noms ou dans les bases de données du Mémorial de la Shoah. Le chef du SD. s’acharne sur les deux hommes pendant qu’il les auditionne, explique MATHIEU. Pierre LEIDIER témoigne avoir vu Mario NIKIS revenir d’un interrogatoire « la tête rasée, le visage tuméfié, [il] portait de nombreuses traces de coups de nerf de bœuf. »
Abraham Alfred LELLUCH, adjoint de NIKIS, ingénieur et conseiller technique de la radio nationale, devait devenir directeur de la Radiodiffusion nationale en cas de débarquement.
Georges MATHIEU témoigne qu’il est interrogé par ECKHARDT avec une grande violence. Il ajoute : « J’avoue pour ma part l’avoir aussi frappé quelque peu. D’autres membres de la Gestapo dont [le S.S. Sturmscharführer Franz] KUCHLER et BORMANN [DORMAL ?] lui donnèrent des coups de poing et de cravache. »
Alfred LELLUCH, 44 ans, est assassiné d’une balle dans la tête le 28 juillet 1944 à Aulnat, par KALTSEISS, d’après VERNIÈRE. « La raison de son exécution était qu’il était malade (sic). J’y ai assisté avec BRESSON et SAUTAREL puisque cette même nuit à la même heure j’ai abattu personnellement un maquisard (…). » Une note du 26 septembre 1945 implique le S.S. Kurt PEGLOW, souvent chargé par ses chefs d’enterrer les corps des résistants décédés suite aux tortures. Ce rapport indique qu’il prend part à l’exécution d’Alfred LELLUCH – ainsi qu’à celles de Joseph FOURNIER et de Marinette MENUT qui ont lieu le même jour.
Parmi les personnes que nous avons pu identifier, sont envoyés dans les camps (les âges de décès sont inscrits entre parenthèses) : Pierre BERNARD ; Éliane LEBLANC, née ROUGEAUX ; Maurice MIRABEL (31 ans) ; Emma NIKIS, née TATTERSALL ; Mario NIKIS (35 ans) et Gabrielle SIDLER.
Cette vaste opération se termine par l’interpellation de gérants de café clermontois qui servent de boîtes aux lettres aux M.U.R. Tous sont déportés : Paul MIGLIONICO (et sa compagne, non identifiée car ils n’étaient pas mariés) ; Camille POUGHEON et Jean POUGHEON (57 ans).
> Le sous-chapitre » Arrestations aux Laboratoires Radioélectriques de Clermont-Ferrand « , est à retrouver pp. 264 à 273. Il fait partie de l’ » Affaire contre les organismes de liaison des M.U.R. « , pp. 243 à 276 de » Georges MATHIEU de Saint-Cyr à la Gestapo «. **
* LÉVY, Gilles et Francis, CORDET (1974). À Nous, Auvergne !, Presses de la Cité, p. 223.
** Disponible auprès de l’auteur (32€ frais de port inclus), de votre libraire (32€) ou sur Amazon (33€76).
2 commentaires sur “Affaire contre les organismes de liaison des M.U.R. (3).”