Peinture·Poésie·Polaroids d'une nuit d'été

L’étoile de ma naissance

L’étoile de ma naissance
Craintive et fugitive
(secouée arrachée
ballottée exilée)
Flotte entre deux cieux

Solitaire, égarée
Sans doute s’encre-t-elle
Palpitant ses ailleurs
Dans de nouveaux poèmes

L’étoile de ma naissance
Tout ce temps retenue
Exalte ses impatiences
Et tisse son grand voyage

Les impasses
— même sublimes —
Exigent d’être brisées

À l’aube de leurs solstices
L’étoile de ma naissance
Fiévreuse et sibylline
Vole de désirs  

                                     en enchantements

                                                         en vérités.

Peinture·Poésie·Polaroids d'une nuit d'été

Le soleil et la pluie

Notre poème s’écrit parfois la nuit
Dans le secret des rêves
Pendant que le sommeil
— en exil —
Réfléchit,
Et croit voir naître des comètes

La plume sublime de nos caresses,
Portée par l’écume des vents contraires,
S’envole des ballades d’autrefois
Vers les vers libres
Et les rimes embrassées

Ce chaos sauvage,
Où les peaux qui frissonnent
Capturent les plus invisibles tendresses,
Remet de l’ordre
À nos fragiles beautés

C’est alors que,
Tout cajolés de leur silence
Et de mystères
Nos Je t’aimes,
Complimentés par les étoiles,
Enlacent la vie d’éternités.

Peinture·Poésie·Polaroids d'une nuit d'été

Les étreintes éphémères

La chanson qui se murmure
Emporte son calme d’après la tempête
Rose colère et vert peine
S’embrasent en un battement de cœur
… En un battement de cil
… En un battement fragile

Les étreintes éphémères
Des corps égarés et cajolés de brumes
Aiment entendre leurs eaux couler sous les ponts
Elles caressent lentement
Et tendrement les cieux
D’un hier & d’un adieu.

Peinture·Poésie·Polaroids d'une nuit d'été

La visite

J’ai rendu visite aux roses
De la grange abandonnée
Temps de refuge et temps de pause
Tant de poèmes dans les pensées

Accrochées aux rebords du ciel
Les rimes donnaient le mal de mer

Mes espérances,
Dessinées sur le velours tendre des fleurs,
De tristesse, de langueur,
Contemplèrent mes maux désœuvrés

J’espérais que l’opacité de mon brouillard s’évade

    En vain !

La journée chassait ses heures ;
Toute la campagne semblait pleurer.

Peinture·Poésie·Polaroids d'une nuit d'été

Entre-deux

Toujours entre deux arbres
Deux nuages ou deux rêves
Les amants ancestraux
Confusément embrassent
Deux vies entières
Entrelacés de sentiments

Toujours entre deux âges
Deux impatiences ou deux planètes
Leurs palpitations cheminent côte à côte
Tout au long du bruissement
De leurs inévitables tendresses

Toujours entre deux corps
Entre deux lunes, entre deux vibrations
Leurs silences s’époumonent en passions
Puis en calmes dévotions
— Intemporelles

Inséparables à l’existence
Comme à l’après
Toujours entre deux cœurs
Entre deux couleurs, entre deux âmes
Les vieux amants,
D’un seul de leur regard échangé,
Déclament que le véritable amour
Ne rime qu’avec l’éternité.

Peinture·Poésie·Polaroids d'une nuit d'été

Pieds à terre

Il n’existe aucun monde
Capable de tout contenir
À part ce livre,
Qui détient plus qu’un village
ou une route
— plus qu’un pays

Aucun instant terrestre
Où être et se sentir à sa place
À part ces couleurs
Et certaines sérénades
Qui retiennent et séduisent lentement
Tes horizons éperdus et béats

Sous ces étoiles, l’immensité
Tu as toujours envie de ressasser tes rêves
De leur confier, leur chuchoter
Tes inconnus, tes océans et tes légendes

Pelotonnés dans cet azur devenu nuit
Tes chagrins délicats, contemporains et séculaires
Tes peurs, tes doutes et tes colères
Surprennent, dénouent et dévalisent
— tranquillement
Toutes les ratures de ta vie

Tu le sais bien, oui, qu’il n’existe aucun monde
Capable de tout dire
… Tout montrer
… Tout éprouver
… Tout conquérir

Alors,
Tu susurres aux planètes inventées
Et aux constellations imaginaires
Que chez toi, c’est tout simplement le soleil.

Peinture·Poésie·Polaroids d'une nuit d'été

Double Je

Je d’enfant et vieux Je
Unis dans un parfum d’été
Avancent silencieux
Au firmament des songes

Je d’hier, Je demain
Fusionnent parfois à en pleurer
Croisent et infusent leurs destins
D’extases en chœurs inachevés

Je interdit, Je d’échecs
Soulèvent et délivrent les cachettes
Des sentiments fragmentés
– évanouis sur la grève
Des départs et des regrets

Grand Je et beau Je se découvrent
Sous un juvénile lever de soleil
Ils contemplent le temple des merveilles
D’une existence : la sienne

J’ai espoirs
J’ai souffrances
Mais
J’ai vies
Mais
J’ai rêves.